Alimentation du caprin laitier

L’alimentation est l’un des principaux piliers sur lequel est basé tout élevage, notamment l’élevage caprin laitier.

C’est la source d’éléments nutritifs nécessaires pour satisfaire les besoins des animaux, elle précède l’amélioration génétique,car il est inutile d’avoir des animaux sélectionnés si leur alimentation n’est pas bien conduite.

 Le but de l’alimentation est de couvrir les besoins des animaux de façon à les maintenir en bonne santé et de leur permettre d’extérioriser leurs potentialités génétiques. Pour cela, il faut établir des rations dont les caractéristiques sont déterminées en fonction de l’espèce animale, du stade physiologique et de la production voulue.

 1/Comportement alimentaire des chèvres :

Il est essentiel de bien connaitre le comportement alimentaire des chèvres qui comprend certaines particularités par rapport aux autres ruminants, en pâturage ou à l’auge :

  • Les chèvres ont un fort potentiel de sélection, elles peuvent choisir un régime alimentaire riche en termes de qualité et de valeur nutritive soit au pâturage et/ou à l’auge.
  • Elles choisissent généralement les parties à haute valeur nutritive de l'aliment (feuilles riches en azote et en matière organique)
  • Elles valorisent la végétation herbacée et ligneuse disponible sur les parcours (Bourbouze et Gessous, 1977)
  • Elles sélectionnent leurs alimentations sur la base de la facilité de préhension, des caractéristiques sensorielles post-ingestives (Provenza et al, 2003)
  • Elles peuvent parcourir des distances considérables et s'adapter aux espaces difficiles.
  • Peuvent s’alimenter à une hauteur de 1 à 2 mètres tandis que le mouton ne peut pas dépasser 1m.

La Sélection et le choix dans le comportement alimentaire des chèvres nous obligent à prendre en compte :

  • La quantité d’aliments distribuée.
  • La qualité des aliments.
  • Le temps alloué à la consommation des aliments distribués.

2/Les règles de base dans l’alimentation des chèvres:

  • Un apport d’aliments grossiers riches en cellulose, fibreux est nécessaire pour assurer un fonctionnement du rumen (Demarquilley et Andrieu, 1988.), cet apport est apporté par les fourrages verts (maïs, sorgho, protéagineux…) et les fourrages secs ou conservés…etc) pour assurer une bonne digestion.
  • Les concentrés sont des aliments complémentaires qui corrigent essentiellement les besoins de production.
  • L’eau est très nécessaire, elle doit être à la portée de l'animal et à volonté.
  • Il faut éviter de distribuer aux chèvres une alimentation moisie et de mauvaise odeur comme par exemple l’ensilage mal conservé.
  • Pierres à lécher : c’est une alternative simple pour apporter aux chèvres un complément de sels minéraux ou d'
  • Au cours du dernier stade de gestation, distribué des fourrages de hautes valeurs nutritives et complémenter avec du concentré progressivement.
  • Au début de la lactation, augmenter la quantité du concentré distribué pour couvrir le déficit en azote et en énergie.

3/La conduite alimentaire:

Dans l'alimentation des chèvres on devrait prendre en considération les éléments de base suivants :

  • Mode d'alimentation (pâturage, stabulation ... etc.)
  • Poids de l’animal.
  • Stade physiologique.
  • Les fourrages disponibles (connaitre leurs valeurs nutritives.)
  • L’objectif de l’élevage (lait, viande, mixte).
  • Comportement de l’animal.

3.1/La capacité d’ingestion :

Par sa capacité de valoriser les aliments distribués, la chèvre peut ingérer de 3 à 3,5 % de MS de son poids vif.

La capacité d’ingestion varie selon le stade physiologique de l’animal

  • Faible en fin de gestation et au début de lactation (1.2 à 1.5 kg MS)
  • Maximale entre la 6éme et la 10éme semaine de lactation (2.6 à 2.7 kg MS).

3.2/Les besoins alimentaires des chèvres :

  • Les besoins d’entretien : il s'agit de la quantité d’énergie, de matières azotées digestibles, des sels minéraux et de vitamines relatifs au maintien de la vie de l’animal, au renouvellement des tissus, à la réalisation des différentes fonctions métaboliques (se déplacer, lutter contre le froid, la chaleur….. etc.)
  • Les besoins de production: en plus des besoins d’entretien, ces besoins s’ajoutent pour couvrir les apports nécessaires au type de production visée (lait, viande…).

Remarque : dans le cas d’un cheptel qui est sur pâturage, il faut prendre en considération les pertes d’énergie qui résultent des déplacements, ces pertes sont estimées de 20 à 30%.

EXEMPLE PRATIQUE :

Calcul d’une ration alimentaire pour une Chèvre 60kg production 3l lait à 3.5% MG

  • Besoins d’entretien: 0.78UF 48 MAD
  • Besoins de production : 1.08UF 165 MAD

Total : 1.86 UF ; 213gMAD

Ration :

1/Foin de pré 0.5kg                    0.17UF 23gMAD

     2/Seigle en vert 7kg                  1.12UF 155g MAD

                       Total: 1.29UF; 178MAD

                                   Manque : 0.6 UF ; 35gMAD

Pour équilibrer cette ration

  • Ajouter 600gr orge grain (0.6UF ; 31MAD)
  • Ce qui fait un TOTAL de 1.89UF ; 209gMAD
  • MS = 1.6kg +0.450kg +0.6kg = 2.65kg

A retenir: besoin d’entretien pour une chèvre de 60 KG 0.81UF ; 46g MAD

                 Pour produire 01 litre de lait 0.405UF ; 56g MAD                      

           

Références Bibliographiques

  • Bourbouze A, Guessous F. 1977. La chèvre et l'utilisation des ressources dans les milieux difficiles; Revue. Elevage. Médecine. Vétérinaire. Pays tropicaux. 1979, 32 (2) : 191-198
  • Corcy J.C. 1991. La chèvre. Paris: La Maison Rustique, 256 pp
  • Demarquilly C., Andrieu J., 1988. Les fourrages. In : Jarrige R. Ed., Alimentation des bovins, ovins et caprins. INRA, 315-335.
  • Desnoyers M .2008. thèse de doctorat intérêt de l’apport de levures sur la susceptibilité a l’acidose et le comportement alimentaire du ruminant (application a la chèvre laitière)
  • Dulphy J. P.,Balch C.C.,Doreau M.1995. Adaptation des espèces domestiques à la digestion des aliments lignocellulosiques.
  • Gallouin F., Focant M.1980. Bases physiologiques du comportement alimentaire chez les ruminants. Reproduction, Nutrition, Développement, 20, 1563-1614
  • Geoffroy F. 1974. Etude comparée du comportement alimentaire et mérycique de deux petits ruminants : la chèvre et le mouton. Annales de Zootechnie. 23: 63-73.
  • Jarrige R. 1988. Dépenses, besoins et capacité d’ingestion.Jarrige R. Ed., Alimentation des bovins, ovins et caprins. INRA, 17-28.
  • Jarrige R., Dulphy J. P., Faverdin, P., Baumont, R. et Demarquilly, C.1995. Activités d'ingestion et de
  • Morand-Fehr P., Sauvant D .1988. Alimentation des caprins. In : Jarrige R. Ed., Alimentation des bovins, ovins et caprins. INRA, 281-304.
  • Morand-Fehr P.1980. Particularités nutritionnelles des caprins .conférences prononcée le 07octobre 1980 au séminaire GTV –INRA de Tours.       .
  • Provenza F.D., Villalba J.J., Dziba L.E., Atwood S.B. and Banner R.E. 2003. Linking herbivore experience, varied diets, and plant biochemical diversity. Small Ruminant 49, 257–274.
  • Sauvant.D.2004 .principes généraux de l’alimentation animale INA-PG département des sciences animale.38 pINRA, 57-74